Le Monde.fr se met au vélo électrique

Voici un bel article sur l'utilisation quotidienne du vélo électrique paru sur le site du Monde.fr

 

Au boulot à vélo (électrique)

Vélo-boulot-dodo. Finie la voiture, plus de RER ! Ils sont 35, à Sceaux, à s’être saisi de la subvention municipale pour l’achat d’un vélo à assistance électrique, mise en place il y a un an. « Même si cette mesure ne devait pas coûter grand-chose, cela a pas mal chahuté en conseil municipal, se souvient Patrice Pattée, l’adjoint au maire chargé de l’urbanisme. Il est toujours difficile de parler vélo au niveau politique... Le sujet n’est pas pris au sérieux. »

Roseline, bénéficiaire de la prime à l'achat d'un vélo électrique, parcourt 10 km deux fois par jour, de Sceaux au 7ème arrondissement de Paris où se trouve l'Ehpad qu'elle dirige © Ahntonin Sabot / LeMonde.fr

La mesure, au final, a coûté en un an 8 900 euros à la ville, qui souhaite développer en son sein les modes de déplacements doux, mais qui présente l’inconvénient majeur, pour les mollets cyclistes, d’un fort dénivelé entre son « haut » (le centre) et son « bas » (les Blagis). D’où l’idée, déjà mise en œuvre à Paris ou Chambéry, d’une subvention municipale de 20 % du prix du vélo électrique, plafonnée à 300 euros. Car pour un bon VAE (vélo à assistance électrique), point trop lourd, doté de batteries qui tiennent la distance, il faut tout de même débourser au moins 1 200 euros.

Pour préparer le renouvellement de la mesure, la mairie a commandé une étude. Et s’est aperçue que les bénéficiaires de la subvention allaient bien plus loin que Sceaux ou les villes avoisinantes avec leur vélo : sur 35, une petite dizaine se rend ainsi à son travail à Paris, jusque dans le 11e arrondissement, parcourant pour certains plus de 20 kilomètres aller-retour. Nous avons discuté avec une poignée de ces « mutants », comme les appelle Patrice Pattée.

Nicolas, infirmier de 34 ans, a abandonné le RER et le tramway pour se rendre à l’hôpital Pompidou, dans le 15e arrondissement de Paris. Désormais, ce sont 45 minutes de vélo, sauf quand il pleut ou gèle, car il embarque sa fille de 2 ans, qu’il dépose à la crèche de l’hôpital. Roseline, 55 ans, directrice d’une maison de retraite dans le 7e arrondissement, fait 10 kilomètres deux fois par jour quel que soit le temps, « qu’il pleuve, vente ou neige ». « Seule une crevaison m’a arrêtée. » Une grosse demi-heure de pédalage à chaque fois. Véronique, 42 ans, médecin à Issy-les-Moulineaux, parcourt 15 km aller-retour. Elle met deux fois 25 minutes au lieu de deux fois 45-50 en voiture. Même distance et même gain de temps pour Bruno, qui travaille dans le marketing chez Orange, place d’Alleray (Paris 15e ). Il n'est arrêté que par une température inférieure à 4 degrés. « Mon fils, que je dépose à l’école sur le porte-bagages, n’est plus d’accord... » Eliane, 37 ans, ingénieur, se rend aux Invalides. 20 km aller-retour. Xavier, chercheur au CEA de Fontenay-aux-Roses, ne pédale que sur 4 petits kilomètres, mais doit franchir une cote dissuasive sans assistance électrique.

Pourquoi, désormais, vont-ils tous au boulot à vélo ?

A les entendre, on peut poser l’équation suivante :

VAE = irrégularités du RER B + coût voiture + coût carte Navigo + effet santé + gain de temps.

La voiture, son assurance, son essence, son entretien et ses réparations, est devenue un puits sans fond. Et le RER, un cauchemar sans fin. « J’ai toujours essayé de contourner les moyens de transport traditionnels, pour rester un peu libre. Quand j’étais jeune, c’était la mobylette, raconte Roseline. Pour ne pas dépendre des horaires, ne pas cavaler pour attraper le RER, et subir l’enfermement, la promiscuité, la chaleur, les odeurs, la foule, les incidents quotidiens, les grèves... L’enfer ! »

Cette directrice de maison de retraite parisienne perçoit également un vrai bénéfice santé. A VAE, on pédale comme si le terrain était plat, mais on pédale tout de même, tout le temps. « Comme je pars tôt et rentre tard, j’ai moins d’énergie pour faire du sport, alors que j’en faisais beaucoup avant. C’est remplacé par le vélo. Le fait d’être à l’air, même pollué, une heure par jour, et donc de pratiquer une activité physique quotidienne, le fait de pédaler dans l’air vif du matin, ça vous met en forme pour assumer toutes les difficultés à l’arrivée, les trois salariés qui ne sont pas venus travailler, la fuite d’eau... Cela permet de souffler. »

Roseline adore croiser des jeunes gens à vélo et les dépasser - « Ils voient mes cheveux blancs, ils appuient sur les pédales ! » Elle sent également le regard bienveillant des personnes âgées de la maison de retraite. « Elles me disent de partir avant qu’il fasse nuit. » Roseline a l’impression de surprendre encore beaucoup de monde quand elle explique se rendre à vélo au travail tous les jours.

Joindre l’utile à l’agréable. Se déplacer tout en faisant du sport et en décompressant. Les témoignages convergent sur ce point. Pour Véronique, « quand on part de rien, une heure d’exercice physique par jour, ce n’est pas rien ! » Les premiers soirs, elle s’est endormie comme un loir. Elle qui exerce un « métier compliqué, dans les soins palliatifs », apprécie surtout la « zone d’évacuation » que lui offre le vélo. « Un sas », « une rupture », « on relâche la pression », disent les autres. « Un moment hyper agréable qui vide la tête » de Nicolas, infirmier au bloc opératoire.

Dans le discours de la plupart d’entre eux émerge également le souci écologique. Ne pas polluer. Se placer dans une logique de développement durable. Bruno, qui a calculé qu’avec ses 1 800 km par an, étant donné le prix du gasoil, son vélo est déjà quasiment rentabilisé, sait que l’on doit « majoritairement y venir ». « Vue la hausse inéluctable des prix du pétrole, ceux qui peuvent renoncer à la voiture comme transport quotidien doivent le faire. » Son entreprise, Orange, vient d’acheter cent Twizy, les mini-véhicules électriques de Renault, pour les déplacements entre sites. « Mais le vélo électrique se développera plus vite. C’est un budget entre 1 000 et 2 000 euros, et un coût d’usage proche de zéro (la seule recharge de la batterie). Un élément déclencheur comme une grosse grève RATP, et les ventes explosent. »

A l’arrivée au bureau, surtout, « les collègues de l’open space ne vous suggèrent pas d’aller prendre une douche », rigole-t-il. Xavier non plus n’irait pas à son laboratoire de recherche sur la réparation de l’ADN avec un vélo classique. Quatre kilomètres de route depuis Sceaux, mais une cote à 12 %. « Là où je travaille, la douche, ce n’est que pour les singes... »

Le VAE offre une autre vision de la région parisienne, dont on s’aperçoit qu’elle n’est pas plate, mais que les distances n’y sont pas si longues. Que beaucoup de gens circulent à vélo, matin et soir, jusqu’à occasionner des embouteillages de deux roues – il faut dire que les habitants de Sceaux bénéficient d’un trajet sympathique jusqu’à Paris via la coulée verte. Et que les vélos électriques ne sont plus rares.

Les seules réserves de ces VAEistes : la circulation à Paris, très dangereuse en dehors des pistes cyclables. Les trop nombreuses chicanes de la coulée verte, qui obligent sans cesse à mettre pied à terre. La grande concentration nécessaire, puisque les piétons ne vous entendent pas venir. Et le vieillissement parfois un peu rapide de ces vélos, dont les batteries perdent beaucoup de leur efficacité en trois ou quatre années. Impensable, tout de même, dans une logique écologique, d'en venir à jeter les vélos électriques aussi souvent que les téléphones portables.

Retrait de la batterie © Antonin Sabot / LeMonde.fr

 

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